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Le radeau, pas d’Argus.
Entre un monde qui s’enfonce et un ciel qui promet, des regards d’espèces différentes se croisent.
La main levée hésite : appel, espérance… ou dernier réflexe d’orgueil.

Certaines œuvres ne racontent pas. Elles déplacent l’œil d’un étage à l’autre. Ici, tout monte. Trois registres superposés.
Le Bas
Le bas n’est pas un passé. C’est un après. Des signes de puissance redevenus paysages. La vie continue, occupe les ruines. Les emblèmes deviennent récifs.

Au milieu
Au milieu, la scène se resserre. Quelque chose tient, mais tient mal. Équilibre étrange. Improbable.
Les présences. Ce n’est pas une arche biblique. Plutôt une cohabitation sans promesse. Un bébé porté par un autre vivant que l’homme. Tendresse ? Protection ? Remplacement ? Et si l’humain redevenait le plus fragile ?
Alors un bras se lève. Dans la mémoire des œuvres, ce geste appartient aux naufragés. Difficile de ne pas voir, derrière lui, Le Radeau de la Méduse de Géricault. Mais ici, l’appel ne vise plus un bateau à l’horizon. Il vise le haut.

Mon radeau tend le regard vers l’idée du départ, du dehors, de l’ailleurs. Mythologie moderne : les planètes comme secours, le progrès comme esquif, la fuite comme solution.
En haut
Dans la partie céleste, le cosmos apparaît presque à portée de main. Catalogue de sorties de secours. Attention aux mirages verticaux. Car pendant que le regard monte, quelque chose, en bas, continue de survivre.

Pas de morale. Une architecture du doute. Trois étages, trois vitesses : l’englouti, le précaire, le lointain. Et au milieu, une main tendue.
Référence
Théodore Géricault, Le Radeau de la Méduse, 1818-1819

