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Les feuilles tombent. Elles couvrent la peau comme une seconde robe, rouge et or, faite de temps qui passe. Le corps ne résiste pas. Il s'abandonne à la terre, aux couleurs, à l'oubli doux de la saison. L'arbre veille, immobile, témoin muet d'une métamorphose.

Le vieux chêne connaît le froid. Il l’a senti mille fois, dans son écorce, dans ses branches nues. Cette année, il a une raison de le combattre.
Une femme dort à ses pieds. Le soir tombe. Le vent se lève, mordant, chargé de la première gelée. Le chêne ne peut pas bouger. Il ne peut qu’offrir ce qu’il a : ses feuilles.
Alors il les lâche, une à une, puis toutes ensemble. Rouge, or, brun, une pluie lente qui se pose sur la peau comme une couverture vivante. Chaque feuille garde un peu de la chaleur du jour. Chaque feuille est un cadeau.
Le corps disparaît peu à peu sous cette parure. Les jambes d’abord, repliées contre le froid. Puis les épaules, le dos, le visage tourné vers la mousse. La femme ne sent plus la morsure de l’air. Elle sent la terre qui monte vers elle, patiente, tiède sous son manteau de feuilles.
Le chêne veille. Il connaît la fragilité des choses vivantes. Il sait que l’hiver viendra, que ses branches resteront seules, que cette femme se relèvera un jour et partira. Mais ce soir, il fait ce qu’un arbre peut faire : il donne son automne pour qu’un corps ne connaisse pas le froid.
Les dernières lueurs du jour glissent entre les troncs. Le silence de la forêt devient complice. Quelque part, une feuille tombe encore. Elle rejoint les autres, sur la peau endormie, dans la lumière mourante du soir.


