Derniers mots pour ce tableau
Le ciel est rouge comme une plaie ouverte. L'eau, en bas, attend, sombre, patiente. Le corps se referme sur lui-même, genoux contre poitrine, comme pour retenir ce qui déjà s'échappe. Bientôt, elle ne sera plus une femme. Elle sera une source.

La source des larmes
Ovide raconte son histoire en quelques vers. Byblis aima son frère, Caunus, d’un amour que nul lien de sang n’autorise. Il fuit. Elle le suit, à travers les terres, jusqu’à l’épuisement. Puis elle s’effondre, et pleure si longtemps, que les dieux, par pitié ou par lassitude, la changent en fontaine.
Ce tableau saisit l’instant d’avant. Le corps est encore chair, encore femme repliée sur sa douleur. Mais déjà quelque chose cède.
Elle s’est recroquevillée, genoux ramenés, bras croisés sous le visage caché. Une position de refuge, presque animale. Le monde a disparu. Il ne reste que ce corps refermé sur lui-même.
Le ciel, lui, brûle. Rouge sang, rouge colère, rouge d’un chagrin trop grand pour rester silencieux.
En bas, l’eau. Sombre, bleue, presque nocturne, elle reflète le corps sans le juger. Elle ne demande rien. Elle attend, simplement, que les larmes trouvent enfin leur chemin vers elle.
Byblis n’a pas choisi son destin. Elle l’a pleuré jusqu’à ce qu’il l’emporte. Il y a dans ce mythe une vérité que la peinture rend visible : certaines douleurs ne s’apaisent pas. Elles se transforment. Le corps cède et la souffrance, enfin, coule quelque part.
Ce que montre ce tableau, ce n’est pas la fin de l’histoire. C’est le seuil. Le dernier instant où Byblis est encore Byblis, avant de se répandre, goutte à goutte, dans le silence du fleuve.

