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L’Ours polaire et le Dernier Vieil Homme :

Une partie d’échecs pour la survie de la planète

Le vieil homme se promenait sur la dernière étendue de glace …
Le vieil homme se promenait sur la dernière étendue de glace …

Le vieil homme marchait sur la dernière peau de glace. Un sol fragile, blanchi par le vent, strié de fissures fines comme des rides. Au-dessus, un ciel lavé, sans oiseaux.

Il transportait un petit échiquier dans sa poche, comme on garde un talisman. Depuis des années, il jouait. Contre des adversaires virtuels, contre des programmes, contre l’ennui. Il appelait ça “s’entraîner”. Il appelait ça “tenir”.

La Terre était devenue un immense désert de solitude.

La Terre autour de lui avait changé de visage. Les saisons s’étaient déréglées, puis effacées. Les forêts lointaines avaient brûlé trop longtemps. Les mers étaient montées sans demander la permission. Et pourtant, dans sa tête, il restait une certitude : l’humanité avait toujours fini par s’en sortir.

La destruction de la biodiversité…
Où se trouve la végétation ?

La rencontre

Il s’arrêta.
Une forme se découpait dans le blanc. Une masse vivante. Une respiration.
Un ours polaire.
Le vieil homme voulut courir. Ses jambes lui obéirent, mais la glace résista. L’ours, quant à lui, avançait silencieusement, confiant dans sa trajectoire. Il s’arrêta à quelques mètres. Un regard triste, fatigué. Pas de colère. Pas d’impatience.
Puis l’ours fit un geste. Une patte levée, lente. Comme une invitation.
Le vieil homme resta figé. Il attendait la morsure. Il attendait la fin.

La rencontre avec l’ours
Pourquoi es-tu toujours là, mon cher ours ?

Mais l’ours tourna légèrement la tête, comme s’il disait : viens. Et, contre toute logique, l’homme le suivit. Ils marchèrent jusqu’à une zone où la glace avait la couleur du verre. Un endroit presque beau. Presque intact. Au centre, une plaque plus large, lisse, comme une table. L’ours posa quelque chose devant lui : un grand échiquier.
Le vieil homme cligna des yeux.
Les cases semblaient taillées dans le froid. Et les pièces… certaines étaient nettes, d’autres abîmées, comme si elles avaient traversé des tempêtes.
— Tu joues, dit l’ours.
La voix ne sortait pas d’une bouche humaine, et pourtant, elle était claire. Sans menace. Sans effet.
— Oui… Je joue, répondit le vieil homme, plus surpris par sa propre docilité que par l’impossible.
— Alors, jouons.

L’ultime partie d’échecs

Le vieil homme sentit remonter en lui un réflexe ancien : l’orgueil. Il s’imagina déjà gagner. Il s’imagina déjà fuir. Il avait tellement joué, tellement “calculé”, qu’il croyait la victoire garantie, presque mécanique.
Ils commencèrent.
L’ours avançait ses pièces avec une patience étrange. Aucun geste inutile. Chaque mouvement semblait répondre à une logique plus vaste, une logique de survie.
Le vieil homme, lui, cherchait le coup brillant. L’attaque. La démonstration. Les tactiques apprises. Les habitudes.
Peu à peu, il perdit pied.
Son jeu se délitait comme la glace sous la chaleur. Un pion tomba. Puis un autre. Puis une tour.
Il s’acharnait, mais la position se refermait sur lui.
— Échec, dit l’ours.

Détail du tableau : L'échiquier
Échec et mat !

Le vieil homme tenta une parade. Une feinte. Un dernier sursaut. Trop tard.

— Mat.

Le silence revint, lourd. Autour d’eux, le monde n’applaudit pas. Il ne commente pas. Il continue. Le vieil homme baissa les yeux sur les pièces renversées. Dans sa tête résonnait une phrase : « Comment est-ce possible ? »
Il avait appris à gagner. Il n’avait jamais appris à perdre.

Tableau : L'ours et l'échiquier - dimension 90x90 cm
Tableau : L’ours et l’échiquier – dimension 90×90 cm

L’ours ne bougea pas. Il regarda l’échiquier, puis l’homme.
— Tu as perdu une partie, dit-il. Mais ton espèce, elle, a sombré bien avant.
— Nous… nous avons construit, balbutia le vieil homme. Nous avons été grands.
— Vous avez surtout pris, dit l’ours, simplement. Trop. Trop vite. Et vous avez appelé ça “progrès”.
Le vieil homme voulut protester. Il pensa aux villes, aux écrans, aux promesses, aux voix qui niaient encore la fonte des glaces quand la glace disparaissait déjà sous leurs pieds. Il pensa aussi à son échiquier : à ce besoin d’ordre, de domination, de victoire.
L’ours posa une patte sur une pièce tombée. Il ne la releva pas.
— On peut gagner sans comprendre, dit-il. Mais on ne survit pas sans respecter la vie. Le vieil homme resta muet.
Le vieil homme resta muet. Il regarda l’horizon : rien que du blanc, fissuré.
Il comprit qu’il n’y aurait pas de seconde partie.
Le vent fit le reste. Il effaça ses traces avant même qu’elles deviennent un souvenir.

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